Fournisseur ou déployeur : comment savoir lequel vous êtes
Toutes vos autres obligations découlent de cette distinction, et c'est celle que la plupart des entreprises tranchent de travers. Quatre situations concrètes et le cas que presque personne n'anticipe : être les deux à la fois.
Avant de vous demander ce que vous devez respecter, vous devez savoir ce que vous êtes. Le règlement européen sur l'IA répartit des obligations très différentes selon le rôle occupé, et presque tout le monde adopte sans vérifier celui qui paraît le plus confortable. C'est l'erreur la plus coûteuse, car un mauvais classement entraîne toutes les décisions suivantes.
Les deux figures qui vous concernent
L'article 3 définit plusieurs rôles. En pratique, deux concernent une entreprise qui ne fabrique pas de technologie :
- Fournisseur : développe un système d'IA, ou le fait développer, et le met sur le marché ou en service sous son propre nom ou sa propre marque. À titre onéreux ou gratuit, peu importe.
- Déployeur : utilise un système d'IA sous sa propre autorité dans le cadre d'une activité professionnelle. C'est le rôle de l'immense majorité des entreprises.
L'article 4, sur la maîtrise de l'IA, oblige les deux à égalité. Les autres obligations — évaluation de conformité, documentation technique, marquage CE, enregistrement — pèsent surtout sur le fournisseur.
Quatre situations réelles
1. Vous utilisez ChatGPT, Copilot ou Gemini au quotidien
Vous êtes déployeur. Vous n'avez rien développé et ne distribuez rien sous votre marque : vous utilisez l'outil d'un tiers. L'article 4 s'applique à vous et, si l'usage relève d'une fonction de l'annexe III, les obligations du déployeur pour les systèmes à haut risque également.
2. Vous avez intégré l'API d'un modèle dans votre produit et vous le vendez
Ici vous êtes fournisseur, même sans avoir entraîné le modèle. Ce qui compte n'est pas qui a construit la technologie, mais sous quel nom elle arrive sur le marché. Si votre client souscrit à votre produit, vous répondez en tant que fournisseur de ce système.
3. Vous avez adapté un outil tiers et le proposez en interne à d'autres filiales
Cela dépend de l'ampleur de la modification. L'article 25 prévoit que celui qui apporte une modification substantielle à un système à haut risque, ou en change la destination, est dès lors considéré comme le fournisseur de ce système. Ajuster une instruction système n'équivaut pas à réorienter l'outil vers un usage pour lequel il n'a pas été conçu.
4. Vous utilisez un outil tiers pour présélectionner des CV
Vous restez déployeur, mais d'un système à haut risque : le recrutement figure expressément à l'annexe III. Cela ajoute des obligations précises de l'article 26, dont le contrôle humain par des personnes disposant de la compétence et de l'autorité nécessaires, et l'information des salariés concernés avant la mise en service.
Le cas que presque personne n'anticipe
Être les deux à la fois. Un cabinet de conseil qui utilise l'IA en interne — déployeur — et vend en outre à ses clients un assistant bâti sur un modèle tiers — fournisseur — cumule les deux ensembles d'obligations. On ne choisit pas : elles s'additionnent. C'est la situation la plus fréquente parmi les sociétés de services qui ont commencé à produitiser leur savoir-faire, et aussi la moins souvent détectée à temps.
Questions fréquentes
Si le modèle a été entraîné par OpenAI, OpenAI n'est-il pas le fournisseur ?
Il l'est du modèle d'IA à usage général. Mais si vous construisez un système par-dessus et le mettez sur le marché sous votre nom, vous êtes le fournisseur de ce système. Les deux figures coexistent dans la même chaîne, avec des obligations distinctes.
Cela change-t-il quelque chose si l'outil est gratuit ?
Non. La définition du fournisseur vise expressément la mise à disposition à titre gratuit. Le prix ne détermine pas le rôle.
Nous sommes déployeurs. Former le personnel suffit-il ?
Cela dépend de l'usage. Si aucun de vos usages ne relève de l'annexe III ni de l'article 5, l'article 4 est votre obligation centrale. Si l'un en relève, s'y ajoutent celles de l'article 26 : contrôle humain qualifié, conservation des journaux et information des personnes concernées.
Comment en avoir le cœur net
La voie rapide consiste à répondre par écrit à trois questions : est-ce que je mets un système d'IA sur le marché sous mon nom ? Ai-je substantiellement modifié l'un de ceux que j'utilise ? L'un de mes usages figure-t-il à l'annexe III ? Trois non signifient que vous êtes déployeur et que l'article 4 est votre priorité. Notre évaluation gratuite parcourt ce chemin en six questions et vous renvoie le rôle attribué avec les articles applicables.
Cet article est une information générale fondée sur le texte du Règlement (UE) 2024/1689. Il ne constitue pas un conseil juridique et ne remplace pas la consultation d'un professionnel : la qualification d'un cas concret dépend de circonstances qu'un article ne peut pas couvrir.
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